Bien
que le mot « karaté » date des années 1930, cette méthode
de combat remonterait au Ve siècle avant
J.-C.
La
voie de Bodhidharma
Selon
la légende, Bodhidharma, un moine bouddhiste indien,
après avoir voyagé longtemps, s'installa au monastère
de Shaolin, en Chine vers l'an 520 après J.-C. Il
médita durant neuf ans, face à un mur de pierre. Cette
longue méditation lui apporta une connaissance éclairée
du monde, mais il perdit l'usage des pieds et des
mains pour un temps. Il conclut que la recherche du
satori (illumination) par le zen ne devait pas se
faire au détriment du corps, mais plutôt par l'union
corps-esprit. Il enseigna à ses disciples une série
d'exercices physiques destinés à tonifier le corps.
Cette méthode d’entraînement, basée sur la respiration
en yoga et sur des techniques de combats à poings
nus, se propagea en Chine sous le nom de kempo.
Après
la mort de Bodhidharma, le monastère de Shaolin fut
incendié par des brigands. Les moines se dispersèrent,
emportant avec eux l'enseignement de leur maître.
Comme c'était une période fort trouble et que les
routes étaient dangereuses, il est probable que les
moines accentuèrent le caractère guerrier de leur
art martial.
Les
arts martiaux japonais suivirent une tendance analogue.
L'engouement des samouraïs pour le zen redonna de
la vigueur à la méthode de Bodhidharma qui atteignit
son apogée à l'époque Togugawa (1603-1868).
Okinawa,
l'île aux deux visages
Point
de rencontre traditionnel des cultures chinoise et
japonaise, l’île d’Okinawa devint le terreau privilégié
d'où émergea la forme définitive du combat aux mains
nues.
Un
mélange de kempo et une forme locale de combat,
connue sous le nom de te (main), finit par
donner naissance à la méthode appelée tang main
ou tang te. Durant la domination japonaise
sur Okinawa (1609-1868), l’emploi des armes fut prohibé,
ce qui obligea les habitants à mettre au point des
méthodes particulièrement efficaces de combat en se
servant uniquement de leurs poings. Voilà pourquoi
les applications de certaines techniques de karaté
sont aujourd’hui difficiles à expliquer : elles servaient,
à l’origine, à lutter contre des armes.
Pendant
près de 300 ans, le tang te a évolué sous différentes
formes dans les diverses régions de l’île. En 1902,
le gouvernement d’Okinawa introduit le karaté dans
les écoles secondaires. Ankoh Itosu en a été le premier
instructeur. Par la suite, plusieurs maîtres enseignèrent
leur art martial hors de l'île d'Okinawa. Gishin Funakoshi
fut un de ceux-là.
Le
karaté moderne
En
1916, les Japonais invitèrent Gichin Funakoshi à venir
donner une démonstration de son art. Ils furent si
impressionnés qu'ils demandèrent à maître Funakoshi
de rester au Japon pour y enseigner sa technique.
Dès le début des années 1920, le karaté fut implanté
dans les écoles élémentaires japonaises. C'est
Funakoshi qui propagea le mot « karaté ». La popularité
grandissante du karaté incita de nombreux autres experts
d’Okinawa à venir enseigner leur style au Japon. Bien
que les techniques puissent différer, le karaté de
ces maîtres obéissait aux mêmes principes de base.
À
la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’enseignement
des arts martiaux fut interdit par les Américains,
qui occupaient alors le Japon, mais cette interdiction
fut de courte durée.
Le
karaté, comme une traînée de poudre
Au
cours des années 1950, en raison de la présence d’un
grand nombre de militaires occidentaux au Japon, le
karaté se répandit rapidement en Occident, d’abord
en Europe puis aux États-Unis, et un nombre croissant
d’instructeurs japonais traversèrent l’océan. Le phénomène
se poursuivit au cours de la décennie, pour connaître
son point culminant dans les années 1960. C’est ainsi
qu’en 1970 le karaté se pratiquait dans le monde entier.
Malheureusement,
cette « exportation » accélérée eut pour conséquence
un appauvrissement de l'aspect spirituel de cet art
martial. En effet, plusieurs instructeurs n’avaient
pas une connaissance suffisante du karaté pour en
saisir toute la profondeur. De nombreuses formes « adaptées »
de karaté et des groupes dissidents firent leur apparition.
L'ordre
dans le chaos
Afin
d’uniformiser, dans une certaine mesure, le karaté,
on créa au Japon, en 1964, la fédération de toutes
les associations de karaté-do, à laquelle la plupart
des écoles importantes adhérèrent. Peu à peu, on forma
des organismes similaires dans la plupart des pays
occidentaux. Un championnat mondial regroupant les
différentes formes de karaté fut organisé à Tokyo
en 1970.
Toutefois,
les tensions demeurent vives entre les écoles et,
parfois, à l'intérieur des associations. Ces luttes
incessantes sont alimentées par l'expansion du karaté
dans le monde, l'attrait du pouvoir et, il faut bien
le dire, l'aspect lucratif que représente cet art
martial pour certains.

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